INTERVIEW - Jamel
VISUAL Propos recueillis par M.-C. Nivière
Dans ce « tout », que mettez-vous ?
Comme à chaque fois, je vais me raconter. Ma légitimité réside dans le fait de parler de ce personnage espiègle qui a gardé sa part d’enfance et à qui il est arrivé des choses extraordinaires. Je ne peux pas ne pas les raconter ! Faire l’Olympia, jouer dans Indigènes, me marier avec la femme de ma vie, avoir un enfant sont des moments tellement incroyables ! Mon mariage fut un tel « bordel » que j’ai eu envie de le partager. La rencontre entre nos deux familles a été celle du cinquième type.
Va-t-on être dans le mentir vrai ?
Ma mère a une phrase : « Il faut croire aux gens qui mentent. » Or, je vous jure que dans ce que je raconte, tout est vrai, mais à la manière des Anglo-Saxons. Ce qui me fascinait chez un artiste comme Richard Pryor, c’est que, sur scène, il te parlait comme si tu étais son cousin et que tu te trouvais dans son salon. J’adore.
La scène, c’est important pour vous ?
C’est même vital. Cela faisait trop longtemps ! Même si il y a eu le Jamel Comedy Club, je n’y étais que le Maître « Déloyal ». Cela me manquait tellement que j’en étais arrivé à me jouer des trucs en me promenant le soir dans la rue. Il était urgent que je remonte sur scène.
Il y a une belle relation entre vous et votre public. C’est étonnant la diversité de ce dernier !
C’est vrai qu’il y a un mélange formidable. Je suis heureux d’avoir réuni une catégorie de gens qui aiment rire mais qui n’avaient pas l’habitude d’aller dans une salle de théâtre avec ceux qui sourient et vont au « théâtre ». Quand bien même il n’y aurait que des Moldaves dans la salle, je serais content. A travers les choses que je vis, j’ai l’impression que je raconte mieux les autres. Et puis, le Français est un sujet fascinant. Je pensais bien le connaître, mais rencontrant ma belle-famille, je sais maintenant que j’en étais loin ! Cela m’amuse.
Depuis le café-théâtre le Movies en 1995 où l’on vous a découvert, vous avez fait un parcours spectaculaire.
C’est un concours de circonstances. C’était le moment. Les gens étaient prêts à entendre ce que la banlieue avait à dire. Ma rencontre avec le théâtre d’improvisation a été primordiale. Une école extraordinaire qui te donne tout : être comédien, à l’écoute et une gymnastique d’esprit incroyable. C’est un magnifique outil pour te sociabiliser. Il y a eu aussi des gens qui m’ont écouté, puis fait confiance, comme Jacques Massadian, Jean-François Bizot (Nova), des journalistes. Et puis, il y a mon envie viscérale de rire et de faire rire les gens. Avoir besoin d’exister, cela n’est pas suffisant. Le rire, c’est une énergie contagieuse. C’est ma mère qui m’a donné envie de faire ce métier, elle est si drôle !
Mais aujourd’hui, on a plus de deux cent one-man-shows à Paris !
Mais c’est une très bonne nouvelle ! Ça rajeunit. Ces jeunes, avec leurs fragilités, proposent un ton nouveau, c’est ce qui est intéressant. Cette nouvelle génération est chamarrée et donc de plus en plus française.
Producteur et à la tête du théâtre Comedy Club, vous êtes très actif.
C’est comme ça que l’on m’a appris le métier. A Nova, il n’y avait pas de règlement, le seul mot d’ordre était de nous exprimer. Cela coûte beaucoup d’argent, plus que cela n’en rapporte. Mais quand tu as un Fabrice Eboué, un Thomas Ngijol, tu peux prendre du temps pour faire découvrir Malik Bentalha ou Blanche. On reste en contact avec la scène émergente.
Vous qui avez tout d’un Scapin, j’imagine que vous avez des rêves de théâtre.
J’adorerais écrire une pièce contemporaine avec des scènes du quotidien. On n’a rien inventé de mieux que le mari, la femme, l’amant. Au-delà de ça, bien sûr unMolière, un Shakespeare, mais à ma sauce. J’adore le rôle du fou dans Le Roi Lear. Il me faudrait inventer une histoire avec un valet, celui qui subit et fait subir. Faut que je m’y mette. Sinon, je vous donne un scoop, on a écrit une comédie musicale à la manière anglo-saxonne sur un sujet bien français et qui sera drôle ! Une histoire d’amour impossible à cause de deux familles. Ça vous rappelle quelque chose ? Cela arrive encore aujourd’hui. Ça progresse, mais l’étranger fait encore peur ! Et il ne faut pas avoir peur des gens, des autres.